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120 Battements par minute

Alex Dufour
Discrimination , Drame , IST/MST/SIDA - Maladie

Début des années 1990, l’épidémie du SIDA fait des ravages depuis des années.

Certaines communautés (LGBT+, travailleurs/euses du sexe, toxico…) sont particulièrement touchées. Pourtant, les pouvoirs publics rechignent à déployer des moyens de prévention efficaces envers ces dernières. Dans le même temps, les traitements sont insuffisants pour des effets secondaires très lourds.

Les militant.e.s d’Act Up Paris créée en juin 1989 sur le modèle Etats Unien, se mobilisent pour alerter les pouvoirs publics et réclamer une plus grande transparence sur les recherches/traitements.

Le film nous plonge aux côtés de ces militant.e.s : personnes LGBT+, hétéros, hémophiles, séropositifs ou séronégatifs. Tou.te.s se battent pour les mêmes causes, qu’ils/elles soient malades ou non. Nous sommes emporté.e.s auprès de ces derniers/ dernières dans les fameuses RH (Réunions Hebdomadaires où s’organisent les actions), ZAP (interventions coup d’éclats pour dénoncer des injustices) ou die-in (fait de se coucher à terre pour symboliser les victimes du SIDA).

Mon avis :

Courrez-y, vous ne verrez pas passer les 2h20 du film ! L’énergie des personnages, de leurs mobilisations est retranscrite tout au long du film. On pleure mais on rit aussi et on ressort surtout avec l’envie de continuer à se mobiliser quelles que soient nos luttes. Le rythme est intense, scénario et musiques nous emportent au plus près de cette époque si critique et pourtant si pleine de vie avec ces militant.e.s qui se battent pour la leur…

En tant que jeune militant.e féministe et queer je connais l’importance d’Act Up dans la lutte contre le VIH. Au premier abord, cette époque peut nous paraître éloignée tant notre rapport au VIH a pu évoluer : nous pouvons nous réjouir de ne plus voir nos ami.e.s mourir les un.e.s après les autres, impuissante.s. Cependant cela ne veut pas dire que l’épidémie ne fait plus de victimes. Les contaminations sont encore trop nombreuses et certaines populations (travailleurs/euses du sexe, migrant.e.s, personnes trans*…) sont particulièrement impactées. Par ailleurs, les réactions de certaines mairies à l’encontre d’affiches de prévention contre le VIH représentant des couples de personnes LGBT+ fin 2016 en France nous rappellent l’actualité du sujet (https://www.buzzfeed.com/ mariekirschen/affiches-censurees-il-est-capital-davoir-des-campagnes-vih-c ? utm_term=.reEdlz4Ap1#.bnKe7X59Bp). Les militant.e.s d’Act Up ont consacré et consacrent encore beaucoup de leur temps et énergie dans leurs combats, c’est ce que ce film vient nous rappeler avec force.


Corps Sonores

Julie Maroh
Glénat
Genre , Amour , Sexualité , Handicap , IST/MST/SIDA - Maladie , Identité de genre

L’album prend place à Montréal et est constitué d’une vingtaine de petites histoires de quelques
planches chacune. Chaque histoire évoque une histoire d’amour, naissante, qui se confirme ou se brise. L’autrice nous propose ici une grande diversité : à travers les situations amoureuses mais aussi les personnages qui les portent.

L’autrice de « Le bleu est une couleur chaude » partage avec nous dans cet album une vision des relations sortant des stéréotypes et des normes. Les personnes qui s’aiment et se déchirent dans ces planches sont homo, hétéro, bi, pan… Elles sont cis’ ou trans’, racisées, blanches, polyamoureuses, en relation libre ou exclusive, porteuses de handicap ou non…

Chacun.e dans ses différences ressent, exprime, vit et parfois subit ce que l’amour lui offre ou impose.
Julie Maroh nous propose là un nouvel album riche, abordant de multiples thématiques. Elle dépeint ici l’amour, les relations humaines dans toutes leurs complexités. Dans « Corps sonores », nous retrouvons son univers à la fois sincère et profond, léger ou sombre.

Parce qu’elle nous dépeint les réalités de l’amour ; les étapes d’une relation, ses réussites, ses difficultés mais aussi ses échecs ; les émotions et les sentiments des personnages nous transportent intensément à chaque histoire.
Une formule dans la préface de l’autrice résume sans doute bien les intentions et le contenu de l’album :
« Nous ne sommes pas une minorité, nous sommes les alternatives. Car il y a autant de relations amoureuses qu’il y a d’imaginaires. »
Cette vision des relations se retrouve ainsi dans chacune des histoires qui compose l’album.


Her Story

Sydney Freeland
Transgenre , Lesbienne , Amour , Transphobie

Eliott a pendant son stage chez Alter Visio pu analyser et vous raconte la web série Her Story.

Her story est une web série qui suit un bout de vie de deux femmes trans à Los Angeles. Composée de 6 épisodes d’à peine dix minutes environ chacun, cette série réussit malgré tout à embarquer le.la spectateur.trice dans l’histoire, il ne faut pas longtemps pour s’attacher aux personnages !

Ceux-ci sont loin des stéréotypes négatifs liés aux personnes - et en particulier aux femmes - transgenres. Des sujets importants tels que la discrimination au travail, les violences conjugales, la transphobie au sein même de la communauté LGBT, l’outing, etc. y sont abordés.
Cependant, ce sont les vies amoureuses de ces deux femmes qui sont mises à l’avant-plan, elles y sont dévoilées de manière très naturelle et touchante.

D’autres productions telles que the Danish Girl ou Transparent contribuent à augmenter la visibilité des personnes trans dans les médias mais pas toujours de la manière la plus appropriée ou représentative, puisque le casting reste exclusivement cisgenre. A l’inverse, les personnages trans de la série Her Story sont interprétés par de talentueuses actrices ayant elles-mêmes des vécus de personnes transgenres. Le casting est composé d’environ 80% de femmes et de personnes LGBTQI, ce qui est assez exceptionnel pour une série nominée aux Emmy Awards.

En plus, elle est disponible gratuitement et avec des sous-titres en français sur YouTube, tu n’as donc aucune excuse pour ne pas aller y jeter un œil !


Le bleu est une couleur chaude

Julie Maroh
Glénat
Coming out , Jeune , Secondaire , Lesbienne , Amour , Intimité , Intimité , Drame

« Mon ange de bleu
Bleu de ciel
Bleu des rivières
Source de vie »

La vie de Clémentine bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune fille aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir toutes les facettes du désir et lui permettra d’affronter le regard des autres. Un récit tendre et sensible.

Cette bande-dessinée est à la fois sensible et dure sur le thème de l’homosexualité. L’acceptation de son orientation sexuelle vis-à-vis de son entourage est parfois difficile à faire entendre.

En lisant cet ouvrage, on peut se rendre compte à quel point la communauté LGBT est encore un sujet tabou dans certaines régions, notamment en Russie ou en Asie.

Cet écrit français est sorti avant l’acceptation de la loi pour le Mariage pour tous en France. Je pense que cette BD est un bon exemple de ce que peuvent vivre les membres de cette communauté un peu partout dans le monde.

Le fait d’aimer quelqu’un du même sexe a toujours un peu de mal à rentrer dans toutes les mentalités. Les gens se demandent souvent comment on peut ressentir une telle attirance pour quelqu’un de la même catégorie que soi, ou pour quelqu’un qui veut changer de sexe. Les mentalités précédant le 21e ont, la plupart du temps, été dues par l’église catholique qui rejetait toutes relations et tous comportements qui ne correspondaient pas aux normes de l’époque.

Emma, la fille aux cheveux bleus, fait partie de ceux qui n’ont pas peur d’être un jour victime d’homophobie. Clémentine, quant à elle, joue le rôle de la lesbienne qui se découvre mais qui, néanmoins, reste prudente face à son entourage.

Valentin, le meilleur ami de Clem, est une personne très protectrice qui n’hésite pas à aider son amie à se découvrir, à découvrir cette nouvelle communauté. Bien que se revendiquer Gay, Lesbienne ou Bisexuelle puisse paraître ‘simple’, l’assumer entièrement demande un peu plus de courage et de confiance qu’il n’y paraît.

Comment savoir ce que l’on est vraiment ? Cet ouvrage nous propose une des façons pour y parvenir. L’intimité est quelque chose qui ne se dévoile qu’avec des personnes de confiance et cette bd introduit bien le sujet en le mettant complètement à nu.


Le Mari de mon frère #1, #2 et #3

Gengoroh Tagame
Akata
Discrimination , Famille , LGBT , Gay

Emanuela, notre coordinatrice vous recommande une lecture et/ou des vidéos autour du manga.

Le Mari de mon frère est une série de manga seinen créée par l’auteur Gengoroh Tagame, composée de 4 tomes (seuls trois sont édités pour le moment). Le premier tome reçoit le prix d’excellence au 19e Japan Media Arts Festival en 2015 et est officiellement sélectionné au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême de 2017.

Ses personnages principaux sont Mike, Yaichi et Kana.

Mike Flanagan est un homme canadien de langue anglaise qui entreprend un voyage identitaire au Japon. En débarquant, Mike frappe à la porte de Yaichi, le frère jumeau de son défunt mari. Malgré ses réticences, Yaichi va l’héberger. Homme au foyer, Yaichi élève seul sa fille Kana, une enfant enthousiaste, ouverte et curieuse qui s’attachera à Mike très rapidement. Elle poussera son père à changer de regard au fil du temps.

Dès les premières pages, je me laisse emporter. G. Tagame crée une histoire touchante nous racontant l’improbable rencontre entre un japonais avec des préjugés sur l’homosexualité et un Canadien gay décomplexé, dans un cadre familial, presque « cosy » et loin de toute caricature érotique.

Mike, Yaichi et Kana vont établir un équilibre atypique et tendre. Ils vont devenir une famille. Une famille qui doit traverser différentes étapes émotionnelles : le deuil de Mike et Yaichi pour Ryôji (le frère décédé), le questionnement de Yaichi sur Mike à la fois homme étranger et beau-frère gay ; la candeur des interrogations de Kana… lesquelles remettent en question les codes moraux et sociétaux intériorisés dans chacun.e de nous.

Kana fait de Mike sa chance, son « tonton », son cadeau même ! Cette fille au caractère fort et rayonnant, a le pouvoir de donner une touchée spontanée à la cohabitation des trois personnages malgré le poids des thématiques. Les moments d’embarras se croisent aux moments de vérité ; les questions de Kana débouchent sur des réponses authentiques et presque didactiques (la fin de chaque chapitre, G. Tagame nous propose quelques informations sur la communauté LGBT, ex. le mariage gay, le triangle rose, etc. qui ont un rôle instructif important vu l’âge du public cible) :

« — Dis Mike…
— Oui ?
— Entre Ryôji et toi, c’était qui le mari et qui l’épouse ?
— Aucun de nous n’était l’épouse… Nous étions deux husbands. »

Un autre élément qui m’a personnellement touché est la simplicité du personnage de Mike. Il porte avec lui un fragment de la vie de son mari et en se rendant au Japon, il découvre une autre facette de sa personnalité. Cela rend Ryôji et leur amour très présent dans la narration. Ce qui amène des séquences très émouvantes.

Quant à Yaichi, sa compréhension progressive de l’homosexualité et son envie de dépasser ses préjugés rendent son personnage extrêmement attachant. La rencontre avec Mike n’a pas tout de suite été facile. Yaichi est très réservé et précautionneux envers Mike. Cependant, la psychologie de Yaichi évolue de manière déterminante. Il s’ouvre lentement à l’introspection, tout en prenant conscience de son homophobie passive et celle de la société plus en général. Dans le 3e tome, son évolution est frappante… repensant à l’homme qu’il était avant, il constate ses progrès : << comme si je pouvais me moquer de mon ancien moi >>.

Oui, j’ai adoré ce manga et je vous le conseille. Il aborde de front l’homosexualité et tous les questionnements qu’elle peut soulever en décortiquant les clichés autour de ceux qui aiment les personnes du même sexe. En se permettant au passage d’offrir une autre vision de la famille. Humain, attachant, doux et triste à la fois.

1Le manga seinen est un type de manga dont la cible éditoriale est avant tout constituée par les jeunes adultes (15 à 30 ans) de sexe masculin. Le josei manga est – au contraire —, le manga pour jeune femme.